Je m’appelle Kiara et j'ai aujourd'hui 14 ans, 15 en décembre !

 

En 2015, à mon entrée au collège, j'ai été harcelée. Huit mois de souffrance pendant lesquels, chaque jour j'étais moquée, insultée, rejetée, violentée... principalement dans mon établissement, dans les couloirs, la cour, les vestiaires, à la cantine...

Mes seuls moments de répit, je les trouvais enfermée dans les toilettes où je me réfugiais pour pleurer à l'abri des attitudes et des regards méchants et humiliants.

 

Comme le suggère les vidéos de Non au harcèlement, j'ai parlé pendant mon calvaire. Oui, j'ai parlé : à mes parents, à mes surveillants, à ma professeure principale. Mais personne ne m'a entendue, personne ne m'a comprise. Tout ceci n'était que des histoires de filles qui finiraient bien par s'arranger !

Aucun d'eux n'a pris conscience de ma douleur et de l'enfer qu'étaient devenues mes journées d'école.

Alors mon corps a pris le relais ! A son tour, au travers de maux de ventre quotidiens et de dizaines de verrues qui ont poussé sur mes mains, il a tenté d'alerter, d'appeler au secours. Mais les médecins non plus n'ont pas compris : les hormones, la fatigue, l'adolescence, le stress... OK, mais personne n'a fait le lien avec ce que je vivais au collège.

 

Je dormais peu et mal, je mangeais n'importe quoi, j'agressais tous les membres de ma famille... mes parents pourtant inquiets et à l'écoute étaient systématiquement renvoyés à cette fameuse « crise d'adolescence ».

 

Le seul qui m'apportait de l'aide dans mon collège, c'est mon frère Sasha. Quand j'étais en 6ème, il était en 4ème. De fait, nous n'avions pas la même cour de récréation. Il avait même interdiction de venir dans la mienne, sous peine de punition. Pourtant, il était le seul à me comprendre, à venir, malgré l'interdiction, me faire des câlins quand je pleurais. Et parfois même, avec quelques copains plus grand et plus forts, il venait pour tenter de calmer ma harceleuse. Mais sans succès.

 

Au bout de 8 mois, en mai, mon frère est parti en voyage scolaire en Ecosse. Je me suis sentie seule et assez affolée. Le mardi de cette semaine de voyages et de sorties pour tous les élèves du collège – une semaine autrement – je devais me rendre pour la journée sur l'île de Jersey. La veille, en rentrant du collège, en pleurs, j'ai dit à mes parents que j'avais peur d'y aller, peur d'être agressée physiquement par ma harceleuse. Ce simple mot a eu l'effet d'un électrochoc et enfin ils ont compris. J'ai pu leur raconter mon quotidien durant ces 8 mois et ils ont enfin mesuré ma souffrance. Pendant plus de 7 heures ce soir là, je leur ai tout raconté. Enfin presque ! Ce que j'avais en conscience. Parce que je l'ai compris depuis, mon cerveau a caché bien profond de nombreux moments, comme pour me protéger du pire.

 

Le directeur de mon collège est resté sourd aux explications de mes parents. Pire il a douté de moi, de l'importance des mes blessures : des gamineries ! Pas de quoi se plaindre à ce point.

Alors j'ai décidé de porter plainte pour pouvoir dire « STOP, NON je ne veux plus jamais vivre ça et surtout je ne voulais pas, qu'après moi, ma harceleuse s'en prenne à d'autres ».

Grâce à cette plainte déposée, j'ai été prise en charge comme une victime : enfin, médecins légistes et psychologues m'écoutaient, me comprenaient, me croyaient. Ça m'a fait beaucoup de bien.

Ils m'ont demandé ce que je pourrais faire pour aller mieux et tout de suite s'est devenu une évidence : je voulais que ça n'arrive plus jamais à personne. Alors seulement je pourrais dormir tranquille et rassurée.

 

J'ai proposé au directeur de mon collège de créer un groupe de jeunes qui pourraient recueillir la parole de jeunes harcelés. Il a trouvé l'idée bonne mais rien ne s'est jamais mis en place. Et les vacances d'été sont arrivées.

 

A la rentrée suivante, en 5ème, j'ai changé de classe et j'ai été séparée de ma harceleuse. Je me sentais mieux, comprise par mes parents, épaulée par les médecins, j'étais plus forte et pendant les premiers mois de l'année scolaire j'ai un peu oublié mon idée de club des jeunes. D'accord je me faisais traiter de menteuse par les amies de mon ex harceleuse parce qu'elles ne comprenaient pas pourquoi j'avais porté plainte. Mais j'allais mieux !

 

Pendant les vacances de Pâques, Christopher s'est suicidé. Il avait 16 ans, il était élève de troisième dans le même collège que moi. Je ne le connaissais pas personnellement mais quand ma maman m'a appris son suicide, j'ai compris pourquoi il avait décidé de mettre fin à sa vie. Je savais comment il avait souffert tous les jours de ces insultes, de ces moqueries, de ces mises à l'écart. Avec lui, toutes mes douleurs sont revenues. Et la peur aussi. La peur que jamais ça ne s'arrête, que tous les soirs, des jeunes de mon âge, plus jeunes, plus vieux, n'arrivent pas à s'endormir parce qu'eux aussi sont harcelés et ont peur.

 

Je suis allée aux obsèques de Christopher. Et alors que tout le monde pleurait, on nous a dit qu'il n'avait pas trouvé sa place dans ce monde. Moi je n'étais pas d'accord : on l'avait empêché de trouver sa place, ce n'est pas pareil.  Comme moi, il avait fini par croire ce que les autres disaient de lui, qu'il était gros, moche, qu'il ne servait à rien...

 

J'ai alors dit à mes parents que je ne retournerais pas au collège si on ne faisait pas quelque chose pour arrêter tout ça. J'ai demandé à ma mère de prendre contact avec les parents de Christopher pour leur expliquer ce que je voulais faire et leur proposer de se joindre à nous pour créer une association.

 

Aujourd'hui, 2 ans après la création de mon association je vais mieux. Je ne suis plus et ne serai jamais plus « la Kiara d'avant » mais j'ai retrouvé le sourire. Grâce aux professionnels qui sont intervenus dans mon association, grâce aux milliers de jeunes que j'ai rencontrés, avec qui j'ai échangé sur le harcèlement, je reconstruis jour après jour mon estime de moi. Ma vie n'est pas parfaite, j'apprends chaque jour à aimer qui je suis, j'aide ceux qui en ont encore plus besoin que moi et alors j'ai le sentiment d'être quelqu'un d'utile, d'important. Parfois, mes douleurs remontent à la surface, surtout quand je témoigne de ce qu'il m'est arrivé. Mais aujourd'hui j'ai des supers outils pour exprimer et gérer mes émotions, évacuer le stress, retrouver rapidement l'envie d'avancer et de ne pas m'enfermer dans mon passé. Oui j'ai été victime de harcèlement scolaire mais aujourd'hui je sais qu'on peut l'empêcher et aider les millions de jeunes qui en ont souffert à retrouver le sourire. Et ça, ça me rend heureuse aujourd'hui et j'avais envie de vous le dire. 

Kiara

Je suis la maman de Christopher qui s’est suicidé à l âge de 16 ans, le 17 avril 2017 à cause du harcèlement scolaire qu il a subi pendant 4 ans dans un collège privé.

Christopher était passionné de judo, de dessin, et surtout d équitation. Il était champion départemental de saut à cheval. Il voulait être maréchal ferrant. 

Christopher était un très bon élève. Il avait entre 14 et 16 de moyenne. 

Il était joyeux, agréable et aimait faire le bien autour de lui. 

Au collège et durant 4 années il s’est fait harcelé : il se faisait moquer, insulter. 

 « Tu es un PD » car il faisait du cheval

 « Tu es gras, gros ». 

« Un sous marin »  « Un bunker ».. 

Et cela tous les jours...

Christopher a décidé de dire STOP à ce harcèlement. Il a mis fin à ses jours.

Je suis dévastée par sa disparition. 

Je suis en colère envers les institutions qui ont rien fait pour protéger mon enfant. 

Je me battrai jusqu'au bout pour que justice soit faite. 

Sandrine